Chroniques et articles 

en Silence

12.06.2012

 "Tu as vu ce soleil de feu ?" 

Une question qui annonce un récit graphique d'une intensité étrange, une lumière qui aveugle, qui fait parfois disparaître les personnages mais jamais leur mouvement. Un mouvement qui se prolonge et s'accélère dans les méandres aquatiques d'un récit dense et envoûtant. 
Audrey Spiry dans ce premier ouvrage réussi à saisir le regard d'une chaleur froide, glaciale. Paru aux éditions Casterman, en Silence est un récit où se mêlent dans cette journée d'été apaisements et interrogations.

Une ambiguité versatile parfois angoissante. Dans le torrent de pensées, induit par les regards, terriblement vivants des personnages : les planches silencieuses, rythmées annoncent une initiation, un baptême permanent. Elles cachent en elle un personnage à part entière : l'eau.


 

 Une seconde peau qui enveloppe dans une bulle le lecteur, emporté par l'auteur dans une saccade qui isole et structure le récit, qui isole et structure les corps. Emportés, les personnages sont confrontés à un espace hostile. En leur offrant cet espace, Audrey Spiry leur peint une bulle, celle de leurs luttes intérieures, une prolongation d'eux mêmes, leurs corps se tordent, se prolongent, s'étirent, ils sont la proie d'une eau omnisciente qui comme les pensées qui nous habitent ne semble plus vouloir nous quitter.

La lumière, elle, dessine les sentiments et les tensions, elle fait apparaître et disparaitre les personnages. Elle permet d'évoquer en Silence des instants de vie, de faire parler l'image. Cette lumière qui inonde les premières planches deviendra plus sombre, plus aquatique. 

 

L'auteur nous plonge dans une intrigue saisissante, simple, et le lecteur est emporté sans efforts dans un torrent graphique original et dense. 

D'une case à l'autre, les personnages sont pris dans un élan qu'ils ne contrôlent pas et l'auteur semble jouer avec le regard du lecteur. La chute dans la planche suivante est ainsi accentuée, elle devient presque perpétuelle dans les quatre premières cases qui perturbent avec simplicité le sens de lecture, une séquence dense qui permet de ressentir le poids de l'eau et l'emprise dans laquelle se trouve les personnages.

 

Une emprise qui se relâche et qui se libère dans les deux dernières cases de cette planche où la sensation de lourde apesanteur semble s'atténuer. Le lecteur est poussé à tourner les pages de ce livre, à suivre le rythme, à respirer, à atteindre la surface.

 

Et pourtant, pourtant, l'eau demeure, elle enveloppe, en Silence. en Silence.

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