Chroniques et articles 

Black Hole

18.04.2015

Black Hole, un ensemble de douze volumes réalisés par Charles Burns entre 1995 et 2005, édité en un seul ouvrage par les éditions Delcourt, un récit hypnotique et angoissant au coeur de l'adolescence américaine des années 70, une histoire de rencontres et de peurs mutuelles. Peurs du corps, des métamorphoses qu'il connaît mais surtout peurs des sentiments et de leur paradoxe. Le désir avec les doutes et les excès qui l'accompagnent. L'histoire est d'une beauté paradoxale, déroutante. Le synopsis est d'une violence et d'une horreur omniprésente, et s'il rappelle celui de certains films nauséeux, l'expérience de lecture est ici unique et vient révéler une richesse insoupçonnée. Le lecteur est ainsi confronté au silence évocateur du dessin, seul, il fait face aux planches obscures de Burns. Le trou noir est béant, son abysse n'a pas de fin. Des adolescents sont victimes d'une étrange épidémie qui transforme leur corps. Qui culpabilise leur sexualité. Les mutations engendrés les isolent, se greffent à leur peau toutes sortes d'anomalies. Ce synopsis de départ, anxiogène, permet à l'auteur de développer les sentiments de ses personnages, leur sexualité, entre désir et interdit,   il permet de s'intéresser au passage à l'âge adulte et étrangement malgré ces monstruosités, à l'amour entre deux êtres. 

 

Charles Burns dessine à l'encre noire, la noirceur du dessin laisse parfois entrevoir la clarté du corps, le blanc de la peau. Ce contraste permanent dans le graphisme de l'auteur est révélateur d'une histoire à double tranchant. Angoissante, elle s'avère être au fil des pages émouvante, touchante. Les regards lézardent au travers des cases, ils s'expriment au travers des mots. Sombre, cette histoire ne l'est que pour exprimer les pulsions de vie des personnages, qui enfermés dans leurs doutes, ne tendent qu'à l'osmose, qu'à l'union.

 

Le mal qui ronge les personnages, leur culpabilité rappellent le péché originel. L'isolement qu'ils subissent, l'omniprésence des bois, de la forêt où l'on retrouve sur les branches des peaux de femmes muées, tout cela rappelle un Eden déserté et tranchant. Adam et Eve fragiles, proches des représentations de Van Eyck, les personnages de l'oeuvre de Charles Burns s'immiscent dans notre inconscient et suggère un imaginaire biblique universel, propre à chacun.

 

La peau, les sens deviennent des traits. Des tâches précises d'encre sur le papier. Les traits s'écartent, laissent deviner au coeur même du corps d'autres béances, celles de la chair, du sexe, des cicatrices ouvertes que l'on découvre. Cette chair, blessée, ouverte est un prétexte, elle permet de découvrir Chris, cette reine qui mue, cet étrange serpent qu'elle semble être. Blessée, elle laisse faire, elle lui fait confiance. 

 

"I was touching her and she didn't seem to mind."

 

"I had to show Chris I could take care of her... 

that I'd be there for her."

 

Peut être est-ce cela aimer... Peut être est-ce cela de croire en l'autre... lui offrir nos plaies béantes comme autant de portes pour qu'il entre dans notre corps et découvre notre âme. Peut être est-ce simplement partager nos désirs et nos souffrances sans jamais cesser de croire en l'autre, en sa capacité unique qu'il a d'aimer. 

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