Chroniques et articles 

À la faveur de la nuit

18.04.2015

Agréable surprise que de découvrir au détour d'une ruelle parisienne les oeuvres de l'éditeur et auteur québécois Jimmy Beaulieu.  Exposées à la Galerie Oblique du 15 juin au 2 juillet 2011, ses planches suaves, ses dessins sensuels, ses aquarelles légères et ses crayonnés intenses éveillent par leur formes les sens d'un visiteur déjà conquis par les tons et couleurs offerts à son regard par l'auteur. Un auteur qui a marqué les esprits par la publication d'une Comédie Sentimentale Pornographique en janvier 2011, comédie aguicheuse, histoire réussie du questionnement d'un écrivain en quête de nouveaux idéaux, réussie grâce à des dialogues où le lecteur se plaît à découvrir des personnages dans une véritable mise en scène théâtrale, sensuelle, parfois espiègle et coquine. Cette comédie n'a de pornographique que le nom, que le lecteur savoure et adore mais avec un sentiment d'inachevé tant il aurait aimé voir les planches se multiplier, tant il aurait aimé suivre ses personnages dans une suite, un diptyque voire un triptyque plus construit. Légère frustration heureusement atténuée  par le talent de Beaulieu  qui réussi le passage du statut d'éditeur à celui d'auteur. 

 

 

 

A la faveur de la nuit est le précédent ouvrage de l'auteur, publié en octobre 2010 par les impressions nouvelles, cet opus est une étrange expérience qui débute par ses mots "Dans un motel perdu quelque part sur les routes du Québec, Béatrice et Véronique attendent Léonce. Il se fait tard. Pour passer le temps, elles se racontent des histoires (...)La nuit devient une promenade dans les aires de recoupement entre incongruités du quotidien et banalités de l'imaginaire." 

 

Littérature Graphique s'intéresse donc à ses planches, à ses crayonnés, qui emmènent le long de digressions étranges le lecteur dans les délires de l'imaginaire de deux jeunes femmes. Et parfois, à la faveur de la nuit, dans une réalité parallèle sous les toits de l'architecture de Saint-Malo,  la cité malouine étant propice aux songes car cette ville est "merveilleuse ! La nature et l'architecture, là-bas ça fait rêver..."

 

 

Des songes où le trait vient décrire des formes, des courbes féminines, aux rondeurs légères, un trait qui s'estompe, disparaît dans des alcôves de chair... A la faveur de la nuit est un ouvrage qui est construit dans le chaos de ses digressions, la nuit est à elle seule le dénominateur commun de chaque scène, venant introduire une atmosphère sombre, apte à révéler des mystères. Le décor lui aussi est placé : une chambre, des draps, les personnages sont vivants, le lecteur les voit se mouvoir, découvre leur intimité, leur imagination, leurs confidences.

 

 

 

Ces histoires sont toutes nées d'une histoire, celle de l'attente. Comme pour conjurer cette attente, les corps ne désirent que se rapprocher... l'attente étant un sentiment de frustration interminable surtout lorsque cette émotion se fait sentir la nuit, une nuit sans sommeil où la seule satisfaction réside dans la présence de l'autre. Cette autre qui devient le point de convergence des fantasmes, sa chaleur devenant une nécessité sans égale, cette autre dont notre âme se nourrit et dont les songes rejoignent les notres à la faveur de la nuit. 

 

 

Cette présence ou absence est à elle seule un personnage. Elle habite le lieu, elle créé l'instant, elle éveille l'imaginaire. L'autre est là, et on le dévore de désir. Peut être pas suffisamment, peut être ignore-t-elle son charme, ce dont elle est capable ?  

 

L'autre est absent et l'on songe à tous les plaisirs perdus et que le temps ne rendra jamais. Cette frustration est le propre du désir et de l'hédonisme puisque la ressentir nous fait prendre conscience de la valeur irremplaçable de l'instant présent. Un instant qui paradoxalement perd toute valeur dès lors qu'il est ponctué de solitude. 

 

A la faveur de la nuit est déroutant, il suggère plus qu'il ne raconte, il laisse l'imagination du lecteur prendre le dessus. Il est instable dans sa narration, il est haletant par son rythme mais il a l'avantage de laisser de la place à nos propres songes... Il rappelle au lecteur, que lui aussi à la faveur de la nuit il se racontait, allongé dans les draps d'une autre où il écoutait les histoires et les souvenirs de celle qu'il n'attend plus.  Que fera-il à présent à la faveur de la nuit ? Doit-il se complaire d'une solitude haïe ou chercher du regard cette autre qui l'attend à la fenêtre pour lui murmurer Rimbaud et ses sensations...

 "Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l'herbe menue, Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue. Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l'amour infini me montera dans l'âme, Et j'irais loin, bien loin, comme un bohémien, Par la nature, heureux comme avec une femme."

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